4,5 km de mémoire au cœur de Tournai

04/03/2026

C’est sous un soleil printanier, en ce mardi 3 mars, que la cellule Hainaut Mémoire de notre Secteur Education permanente et Jeunesse a donné le coup d’envoi d’une toute nouvelle Rando de la Mémoire dans les rues de Tournai. Une matinée lumineuse, presque douce, qui contraste joliment avec la noirceur des pages d’histoire que le parcours allait rouvrir. 4,5 km à travers la Seconde Guerre mondiale, imaginés par Jean-Yves Coens, animateur au sein du Secteur Education permanente et Jeunesse.

Jean-Yves Coens, animateur à la cellule Hainaut Mémoire

L’idée n’est pas née de nulle part. C’est son collègue Michel Descamps, coordinateur de Hainaut Mémoire, qui avait le premier développé le concept à Charleroi. « Lui est carolo, je suis tournaisien — ça paraissait logique que je me charge de la version tournaisienne », sourit Jean-Yves. Mais au-delà de la logique géographique, c’est une conviction profonde qui l’anime : « Dans la grande Histoire de la Seconde Guerre mondiale, chaque ville a son histoire particulière. C’est ce qui rend ces balades si précieuses. »

Pour cette inauguration, c’est avec des élèves de 3ème secondaire de l’Institut Provincial d’Enseignement Secondaire de Tournai que Jean-Yves a arpenté les rues de la Cité aux Cinq Clochers. En près de trois heures, les jeunes ont découvert les 15 étapes d’un parcours voulu le plus complet possible : résistance, vie quotidienne sous l’occupation, prison nazie, patrimoine détruit… autant de facettes d’une période que l’animateur tient à restituer dans toute sa complexité.

Parmi les premiers arrêts, le groupe fait halte à la Grand-Place. Et déjà, l’histoire reprend ses droits. Le 16 mai 1940, après Nivelles et Mons touchées deux jours plus tôt, les bombardements allemands s’abattent sur Tournai. La ville s’embrase. Certains incendies durent plus d’une semaine. L’Hôtel de Ville, les maisons voisines du Beffroi, la plupart des quartiers du centre-ville, tout est détruit ou presque. La Halle aux Draps garde une partie de sa façade, mais sa verrière s’effondre, emportant avec elle une partie du musée d’antiquités et d’innombrables objets du patrimoine tournaisien. Le bilan est accablant : près de 150 morts, 140 blessés graves, plus de 2 000 habitations, 37 usines et 33 bâtiments publics rayés de la carte. « Le but de l’occupant était de semer la terreur », rappelle sobrement Jean-Yves. Tournai mettra trente ans à se reconstruire.

Toujours sur la Grand-Place, l’animateur attire l’attention des jeunes sur un bâtiment en apparence anodin. Durant la guerre, il abritait le siège local du parti Rex. L’occasion d’évoquer Léon Degrelle, leader de ce mouvement d’extrême droite dont l’épouse était tournaisienne, et qui voyait dans la collaboration avec l’occupant un marchepied vers le pouvoir. Les rexistes avaient leur local, « Le Carillon », en plein cœur de la place. Une histoire locale, incarnée, qui rend soudainement le cours d’histoire bien plus concret.

Et c’est peut-être là toute la force de cette balade : transformer le décor familier du quotidien en terrain de mémoire. « Parfois, on se balade en ville pendant des années sans remarquer ce qui nous entoure et qui évoque pourtant cette période », confie Jean-Yves. « Nous allons d’ailleurs passer devant une façade où l’on peut encore voir des impacts de bombes. » Pour Théo, l’un des élèves du groupe, la révélation est immédiate : « Je ne me doutais pas qu’il y avait autant de traces de la guerre dans la ville. » Son ami Logan complète sa pensée : « C’est chouette ce genre d’activité — ça change du cours d’histoire où l’on reste assis en classe. Ici, on se rend vraiment mieux compte de ce qu’il s’est passé. »

Pour les Tournaisiens, ce passé n’est jamais vraiment lointain — il se transmet de génération en génération, au fil des récits de famille, note Marie Vandewalle, leur professeure de français et d’histoire. Elle-même a inscrit cette sortie dans un projet pédagogique de longue haleine autour du devoir de mémoire, tissé année après année avec ses élèves : la région de Ploegsteert pour la Grande Guerre en première, Amsterdam et la Maison Anne Frank en deuxième, et Cracovie en ligne de mire pour la quatrième année. « La Seconde Guerre mondiale n’est pas au programme en 3ème, mais il y a toujours moyen de faire des liens. Le travail de la Cellule Hainaut Mémoire est pour nous une ressource vraiment précieuse. »

La matinée s’achève, le soleil est toujours là. La démarche semble trouver son public : huit écoles ont déjà manifesté leur intérêt et sont inscrites d’ici fin avril. « Les écoles sont très demandeuses de ce genre d’activités », nous confie Jean-Yves. Le passé a, plus que jamais, beaucoup à dire aux jeunes générations.

Infos et contacts

https://sepj.hainaut.be/hainaut-memoire

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