Portes ouvertes au Tir de Marcinelle : sur les traces de la résistance carolo

23/09/2026

Comme chaque année, la cellule Hainaut Mémoire du Secteur Éducation permanente et Jeunesse de la Province de Hainaut, en partenariat avec le Service Jeunesse de la Ville de Charleroi, a ouvert au public le site du Tir de Marcinelle, lieu symbolique de la résistance carolo durant la Seconde Guerre mondiale. Cette journée portes ouvertes s’est tenue le vendredi 18 septembre, réunissant une dizaine de classes de 5e et 6e primaires ainsi que deux groupes d’adolescents.

Un lieu de mémoire 

Réquisitionné par les Allemands pendant la Grande Guerre, puis de nouveau lors de l’occupation de la Belgique durant la Seconde Guerre mondiale, le stand de tir de Marcinelle a été le théâtre du massacre d’une cinquantaine de personnes, essentiellement des résistants.

Depuis 2015, la Province de Hainaut et la Ville de Charleroi unissent leurs efforts pour mettre en valeur ce site d’exception, où subsistent encore le cachot et le poteau d’exécution. Avec l’aide de deux Maisons de Jeunes de la région, les fenêtres et la façade se sont couvertes de fresques colorées sur le thème de la résistance, tandis que des graffs – véritables œuvres de street art – s’étendent sur les murs intérieurs. Une stèle et des panneaux issus de l’exposition « Résistance en Europe » du War Heritage Institute sont venus compléter ce qui devient, au fil des ans, un véritable musée à ciel ouvert. Le site est ouvert sur demande aux groupes scolaires et autres.

Planter le décor de la Seconde Guerre mondiale

Le 18 septembre, la visite des extérieurs du Tir de Marcinelle était assurée notamment par Jean-Yves Coens et Michel Descamps, tous deux animateurs au Secteur Éducation permanente et Jeunesse. Nous les avons suivis lors de leur première visite respective de la journée.

À l’entrée du site, à côté des premières fresques, Jean-Yves, qui accueille les élèves de l’École Saint-Paul de Mont-sur-Marchienne, plante le décor : la personnalité d’Adolf Hitler, le contexte de sa prise de pouvoir en Allemagne. Certains enfants connaissent déjà une partie de la grande Histoire, d’autres la découvrent. Le contexte posé, il explique l’entrée en guerre de la Belgique, la brève période des combats, puis la capitulation. Et, suite à cette capitulation, ce sursaut de nombreux Belges qui refusent de se laisser faire et entrent en résistance. Un doigt se lève alors dans le groupe : une enfant confie que son arrière-grand-père était résistant.

Les différentes formes de résistance sont évoquées : le sabotage, la radio – et l’importance de la BBC avec ses messages codés –, la presse clandestine, dont le fameux Faux Soir. Évoquant l’ennemi d’alors, Jean-Yves choisit ses mots : « Je préfère dire Nazis qu’Allemands, et vous savez pourquoi ? Parce que plus de la moitié des Allemands n’étaient pas nazis, ils ont subi tout ça comme nous. » Les questions et les réflexions fusent parmi les élèves.

Les grandes figures de la résistance carolo

Jean-Yves Coens, puis Michel Descamps, accompagné d’un groupe de 5e et 6e primaires de l’école communale d’Obaix, retracent ensuite les principaux faits de la résistance carolo, et ils sont nombreux.

Parmi eux, celui d’Aimée Lemaire, directrice de l’École moyenne pour filles – actuel Athénée royal Vauban –, qui a pris des risques considérables pour éviter qu’une vingtaine de ses anciennes élèves ne soient incorporées au Service du travail obligatoire, en dissimulant la liste des anciennes rhétoriciennes en âge de travailler. Ou encore ce 11 novembre 1943, à 11 heures, où les Carolos eurent la surprise de voir flotter le drapeau belge sur le toit de l’Hôtel de Ville, au nez et à la barbe des nazis : trois résistants avaient escaladé la coupole centrale pour l’y planter, et il fallut 45 minutes à la Gestapo pour l’en retirer.

Michel évoque aussi les réseaux d’évasion mis en place par les résistants pour permettre aux soldats alliés de regagner l’Angleterre, ainsi que le sauvetage des juifs de Charleroi. Avant la guerre, la communauté juive de Belgique était principalement établie dans trois grandes villes : Anvers, Bruxelles et Charleroi. Dans cette dernière, les résistants sont parvenus à prévenir les habitants du quartier juif de l’imminence des rafles, leur permettant ainsi de fuir et d’y échapper.

Les deux animateurs reviennent également sur les représailles exercées par les nazis en réponse aux actions de la résistance, avant d’évoquer la libération de Charleroi : informés de l’arrivée imminente des Alliés, les résistants carolos sont parvenus à chasser les soldats allemands de la ville avant même l’arrivée des libérateurs américains et britanniques.

Le cachot et le poteau d’exécution 

Arrivés derrière la caserne, les enfants découvrent une grande pelouse entourée d’arbres, un endroit aujourd’hui bucolique. À l’époque, le lieu était moins verdoyant, plus nu. Sur le côté, un petit local de stockage a été reconverti en cachot, où étaient enfermés les résistants condamnés à mort à l’issue d’une parodie de procès. Au fond du site se dresse le poteau d’exécution.

Jean-Yves profite du calme des lieux pour lire l’ultime lettre écrite par l’un de ces condamnés à ses parents, avant son exécution. Entre eux, les enfants échangent : « Imagine, ton frère se fait arrêter et puis il est tué ? » « Oui, ou ton père, ta mère ? » L’émotion se fait alors sentir.

Le devoir de mémoire au cœur du projet pédagogique

Institutrice de 5e et 6e primaires à l’école communale d’Obaix, Madame Ludivine porte une attention particulière à l’histoire du XXe siècle, aux deux guerres mondiales et au devoir de mémoire. « Cette année, le projet de la classe est de faire des élèves des Cracs, et chaque mois est consacré à une thématique différente : en septembre, c’est le devoir de mémoire. Cette visite tombe donc à point nommé, et la semaine prochaine, nous ferons fait la Rando de la Mémoire dans les rues de Charleroi. »

À l’issue de la visite, les enfants ont pu découvrir d’authentiques Jeep de la Seconde Guerre mondiale, avant de s’exprimer à travers l’atelier artistique proposé par Valérie et Virginie, animatrices au SEPJ.

Le Tir de Marcinelle est accessible sur rendez-vous et attire plus d’un millier de visiteurs chaque année. Vous aussi, vous souhaitez programmer une visite de groupe sur le site ou une Rando de la Mémoire ? N’hésitez pas à contacter la cellule Hainaut Mémoire du Secteur Éducation permanente et Jeunesse de la Province de Hainaut.

https://sepj.hainaut.be/hainaut-memoire

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