C’est une première à plus d’un titre. Avec Chrysalis, le BPS22 inaugure un nouveau rendez-vous estival consacré aux collections, et Nadège Metzler, curatrice arrivée au musée en janvier 2024, y signe sa première exposition. Un double baptême du feu, relevé avec une liberté et une curiosité qui se ressentent dans chaque salle.
Un voyage dans l’inconnu
Lorsque Nadège Metzler commence à préparer Chrysalis, elle se retrouve face à un corpus qu’elle ne connaît pas encore très bien. S’étendant sur une période allant de la fin du XIXe siècle au début du XXIe, la collection de la Province de Hainaut compte près de 8 000 œuvres, accessibles aux membres de l’équipe via un logiciel dédié — une petite photo, parfois pixelisée, une description, quelques données techniques pour chaque pièce. C’est à partir de cet inventaire numérique qu’elle entame sa prospection, en se concentrant d’emblée sur les acquisitions les plus récentes, notamment celles qui n’avaient encore jamais été montrées au BPS22.

Vue d’exposition
« J’ai été très libre dans la conception de cette exposition », confie-t-elle. Une liberté qu’elle a mise à profit pour s’imposer quelques contraintes : assurer une juste représentation des artistes hainuyers aux côtés d’artistes internationaux, veiller à l’équilibre entre jeunes talents et artistes confirmés, et garantir une parité hommes-femmes. Autant de fils à tenir simultanément pour tisser une exposition cohérente et représentative.
L’art contemporain comme miroir du présent
Le choix de se concentrer sur les trente dernières années n’est pas le fruit du hasard. Il reflète à la fois une conviction profonde — l’art contemporain parle de la société dans laquelle nous vivons — et une préférence personnelle assumée. « C’est vraiment la période que je préfère », confie Nadège Metzler. Ce tropisme vers le présent lui a permis d’apporter un regard neuf.

Vue d’exposition
Parcourir la collection, c’est aussi percevoir les sensibilités différentes de ceux qui l’ont constituée au fil du temps. Pour Nadège Metzler, ces différences ont été une découverte en soi, sans pour autant infléchir ses propres choix.
De la sélection à la scénographie : construire le sens
Plus de 40 œuvres ont finalement été retenues. La moitié s’est imposée d’elle-même, presque intuitivement. Pour les autres, il a fallu chercher, douter, reconsidérer. Le fil conducteur de l’exposition — la transformation, la mutation — n’est pas apparu dès le départ. C’est en contemplant les œuvres choisies, épinglées en photos sur le mur de son bureau, que la curatrice a vu émerger une thématique commune. Mais les transformations évoquées touchent des strates très différentes : l’environnement, le corps, le politique, l’intime. D’où la décision de structurer le parcours en chapitres distincts, chacun interrogeant ce qui est en train de se transformer.
Un exemple illustre la finesse de cette démarche : les photographies de Véronique Vercheval tirées de la série Palestine. Carnets de notes auraient pu sembler relever d’un propos géopolitique. Mais en lisant attentivement les textes de l’artiste et en dialoguant avec elle, Nadège Metzler a compris que son intention était ailleurs — dans des transformations plus discrètes, plus intérieures. Respecter l’intention de l’artiste, c’est aussi cela, le travail curatorial.

Extraits de la série « Palestine. Carnets de notes », Véronique Vercheval
La scénographie elle-même a réservé ses surprises. Préparée en amont à l’aide d’un logiciel de modélisation, elle a nécessité des ajustements une fois dans l’espace réel. « L’endroit peut changer toute la perception de l’œuvre », résume-t-elle.
La collection, un patrimoine vivant
En parallèle à la préparation de l’exposition, Nadège Metzler a constitué pour chaque œuvre présentée une notice biographique et une notice d’œuvre, venues enrichir la section « Collection » du site internet du BPS22. Un travail de fond, discret mais durable. Là où les expositions temporaires s’effacent, ces notices restent, accessibles à tous, en tout temps. « Les expositions temporaires, c’est merveilleux, mais elles ont une fin. Ici, cela va pouvoir rester. »

Vue d’exposition
Chrysalis inaugure « Collection d’été », un rendez-vous estival annuel consacré aux collections dont le BPS22 est le gardien. Avec ses 8 000 œuvres, la collection provinciale offre suffisamment de matière pour explorer bien des angles — une période, un médium, un thème transversal. Comme le dit Nadège Metzler avec le sourire : « Avant d’avoir fait le tour, on peut encore en faire quelques-unes. »
Chrysalis est à voir au BPS22 jusqu’au 30 août. Toutes les informations pratiques sont disponibles sur bps22.be.



