Trio de résidences au Centre de la Gravure et de l’Image Imprimée

21/04/2022

Il y a quelques jours, Christophe Veys, le nouveau Directeur du Centre de la Gravure et de l’image imprimée à la Louvière, dévoilait « RESIDENCES » au public, en compagnie de toute son équipe. Une proposition s’inscrivant dans le cadre « d’Un futur pour la culture » soutenu par la Fédération Wallonie Bruxelles.

Initié en 2020 par Emmanuel Lambion, ce projet s’est dans un premier temps concrétisé par la sélection de 4 artistes (dont un duo), à qui fut faite la proposition d’entreprendre un dialogue avec une collection et un territoire dans une démarche de résidence.

Au terme de leur processus créatif, Denicolai & Provoost, Eleni Kamma et Delphine Deguislage se sont emparé des trois étages du musée, où ils restituent le dénouement de leurs recherches. On voudrait d’abord souligner combien ces trois propositions offrent une expérience de découverte ludique et poétique, même si chacune se différencie profondément des deux autres. De ces résidences qui portent toutes en elles le signe d’une forme d’expérimentation distincte, est issue une triple exposition, dont l’exploration peut être mise en oeuvre en toute liberté, ou lors de visites guidées et animées.

Delphine Deguislage – Archetype Canon

Au rez de chaussée, à l’abris d’une grande cimaise caparaçonnée de rouge vif, on pénètre doucement le microcosme sensible et aérien de Delphine Deguislage. Il y a en premier lieu une esthétique, une forme de légèreté et une respiration organisées par une mise en espace épurée.

En filigrane de cette délicatesse, il y a pourtant un vibrant manifeste, en faveur des droits des femmes. Pour rompre le cycle qui invisibilise ses consoeurs, Delphine Deguislage a puisé au coeur de la collection d’estampes du CGII un ensemble d’oeuvres élaborées uniquement par des artistes féminines.

Une vraie connivence unit ses travaux à ceux de Louise Bourgeois, Françoise Pétrovitch et de ses autres inspiratrices. Au gré des pérégrinations dans la grande salle de plain-pied, le fil d’un écheveau se dénoue peu à peu, nourri des impressions qui surgissent lorsque nos yeux saisissent le discours que les images construisent.

Comme un langage universel, ce récit dévoile les frontières pas assez poreuses entre sphères féminine et masculine et toute la dichotomie existant entre les représentations publiques de la féminité et ses réalités au quotidien. Revendiquant un monde plus égalitaire, cette artiste féministe met au jour les oppositions et incohérences de notre société au travers le jeu dialectique généré par ses installations.

Eleni Kamma – QUI WHO ÊTES ARE VOUS les Louviérvoix ?

En poursuivant notre ascension au travers des salles, on semble évoluer vers un peu plus d’insouciance, confronté aux protagonistes que convoque Eleni Kamma. Masques, coiffes carnavalesques, aphorismes et proverbes illustrés nous accueillent dans une vague qui semble festive au premier abord. Cette mise en scène doit davantage être ressentie comme une rencontre, un souhait exhaussé par Eleni Kamma d’entreprendre un échange avec le territoire louviérois qui l’a accueillie en résidence.

Riche de son initiale méconnaissance de la cité des loups, elle restitue ses premières impressions sur base de sa consultation des archives et des collections du CGII et des autres partenaires associés au projet (Daily-Bul & Co, Keramis, les Archives de la Ville de La Louvière, le Musée International du Carnaval et du Masque, le CPAS de La Louvière, Les Scriveûs asbl, Lire et écrire asbl). Ici, pour l’artiste, le masque est omniprésent, il est tantôt le visage d’une identité collective, comme lors du carnaval ou tantôt paradoxalement l’artifice qui permet à chacun de renforcer l’expression de sa singularité. Autour des questions liées à cette découverte mutuelle, Eleni Kamma répond formellement et en mots, mettant en scène les oeuvres d’Alechinsky, d’André Balthazar, de Pol Bury

Elle a souhaité sonder d’autres facettes de la région, consciente que c’est laborieusement que La Louvière est devenue une ville, érigée cahotiquement par les mouvements latéraux des ascenseurs des charbonnages. Elle a donc développé un cycle de workshops, avec différentes associations du territoire oeuvrant dans le domaine de la conservation de la mémoire, de l’alphabétisation et de la transmission.

Dix huit personnes ont participé à ces ateliers s’interrogeant sur la représentation imaginaire de l’épopée louviéroise. Il en est ressorti une oeuvre collective mettant en scène une sorte de danse grotesque dont les héros se sont un instant figés pour mieux nous laisser admirer la complexité et la richesse des ornements dont ils sont affublés.

Denicolai & Provoost – La stagione dell’amore

La progression aboutit au dernier palier, avec la proposition du duo Denicolai & Provoost . La « Stagione dell’ amore », nous propose une déambulation au coeur d’un inextricable ensemble de panneaux, qui n’ont aucune fonction utilitaire.

Ces supports, détournés de leur premier usage informatif, n’ont plus la responsabilité de nous orienter. Ils ne sont plus isolés dans les endroits stratégiques de notre environnement, mais se retrouvent au contraire gaiement rassemblés dans un flot de couleurs chatoyantes, avec pour unique vocation de nous émouvoir. Des panneaux de toutes tailles, de toutes formes, loin de la standardisation à laquelle ils sont habituellement voués. Ici plus aucune place à la norme, toutes les nuances sont permises, aucune exigence en termes de contenu, de forme, mais au contraire un linéament qui se dissout dans une éclatante abstraction.

Les supports acquièrent une destination purement démonstrative et intrinsèquement ludique, grâce aux jeux de lumière rutilants que leurs confèrent leurs caractéristiques techniques. Pour renforcer le pouvoir d’attraction et la force des dessins exposés, un support gris unifié sert de décor. Il est comme percé de fenêtres irisées démontrant toutes les possibilités offertes par la composition numérique. Pour le duo, la pratique du dessin vectoriel permet le dialogue et l’échange de manière infiniment plus simple que n’importe quelle autre. Tous les signes installés aux cimaises ont été conçus à 2 mains par les artistes, ou plutôt à deux index dans la mesure où ils ont été tracés sur trackpad, par itérations successives, chacun venant modifier ou valider, les esquisses du précédent.

Tous les panneaux ont été imprimés de manière industrielle, avec des encres transparentes, en vue de garantir le pouvoir réfléchissant des petites alvéoles dont est composée leur surface, comme s’il s’agissait de panneaux tout-à-fait fonctionnels. L’espièglerie est totale, à la mesure du détournement.

 


 

Les trois expositions se tiennent jusqu’au 24 juillet à la rue des Amours.

Un très riche programme d’activités les accompagne : rencontres avec les artistes, conférences, animations, stages et ateliers pour petits et grands ou visites en famille. Le calendrier complet figure sur le site internet du Centre de la Gravure.

Un détour par la boutique du musée, qui vous propose d’acquérir pour un prix très démocratique différents objets d’art produits par les plasticiens exposés s’impose.

 

 

Daisy Vansteene, Chargée de communication pour Hainaut Culture

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