C’est une image connue de toutes : ces étriers métalliques, froids, sur lesquels on pose les pieds lors d’un examen gynécologique. Une position banalisée qui est le point de départ d’une question bien plus vaste.
Un projet d’exposition né d’une visite et d’une sensation malaisante
Adèle Santocono est historienne de l’art et Cheffe du Secteur des Arts plastiques de la Province de Hainaut. Elle a initié cette exposition à partir d’une expérience : une visite du musée lessinois qui a provoqué une sensation physique, immédiate, devant les objets liés à l’obstétrique. « Je me suis dit que cela ressemblait beaucoup à des objets de torture. Ça a provoqué quelque chose de bizarre en moi. »

Parmi tous les projets qu’elle a portés ou pour lesquels elle a été commissaire, celui-ci est peut-être le plus intime. C’est son œil d’historienne de l’art, autant que son vécu de femme, qui l’a conduite à ne pas laisser cette sensation de côté mais à en faire le point de départ d’une réflexion plus large, nourrie notamment par la lecture de Sorcières : La puissance invaincue des femmes de Mona Chollet, qui retrace comment les femmes ont progressivement été écartées du soin de leur propre corps.
Une histoire de dépossession
Jusqu’au XVIIe siècle, ce sont les femmes, guérisseuses, sages-femmes, figures que l’on a parfois appelées sorcières, qui détenaient et transmettaient les savoirs liés à leur anatomie. Puis la médecine, aux mains quasi exclusivement d’hommes à l’époque, a progressivement pris le contrôle. Les instruments, les protocoles, les consultations : autant de façons d’imposer un regard extérieur sur un territoire intime.

« Médicaliser à ce point les parties génitales de la femme, c’est aussi une façon de contrôler son corps, sa sexualité », précise Adèle. Le contrôle de la fécondité, la question du consentement, la domination du corps féminin comme prolongement d’une logique patriarcale. L’exposition tire ce fil jusqu’à ses ramifications les plus profondes.
Et si les choses avaient été différentes ?
C’est la question centrale : que se serait-il passé si les femmes n’avaient jamais été dépossédées de leur corps ? Et aujourd’hui, que se passerait-il si elles en reprenaient pleinement possession par rapport à leur maternité ou non, à leur sexualité, à leur rapport à la médecine, à leur propre intuition ? C’est autour de ce double mouvement qu’Adèle Santocono et son équipe ont construit le parcours : regarder en arrière pour comprendre, regarder en avant pour imaginer.

Le Secteur des Arts plastiques et les équipes de l’Hôpital Notre-Dame à la Rose ont construit un co-commissariat où collections historiques et créations contemporaines se répondent. Le musée apporte ses objets médicaux, ses instruments gynécologiques et obstétriques, ses archives. Et quatorze artistes hainuyer.ère.s ont été sélectionné.e.s parce que leur travail résonne avec ces thématiques : féminisme, appropriation du corps, critique du patriarcat, question du genre.
Les deux pieds sur les étriers – Et si la femme disposait de ses parties intimes Hôpital Notre-Dame à la Rose, Lessines Du 27 juin au 29 novembre 2026



