Toute la douceur de l’art brut : la Fondation Paul Duhem

22/09/2022

Lové à Beloeil, au cœur d’un petit îlot de verdure et de sérénité, la Pommeraie est un vaste home accueillant des personnes souffrant d’un handicap. Dans ce lieu, on pose un regard bienveillant et respectueux sur tous, et on développe un programme créatif et pédagogique destiné à inclure les pensionnaires dans la vie quotidienne de leur cité, au même titre que tous les citoyens.

Vue sur la pommeraie, grand verger qui produit des jus vendus au magasin situé sur place. De nombreux autres produits issus de l’agriculture locale y sont aussi distribués.

Avec l’arrivée de Bruno Gérard dès 1990, l’institution créée en 1972 a mis en place un atelier artistique. Il y a près de 40 ans, cet éducateur, artiste autodidacte, proposait de développer avec les bénéficiaires une sorte de laboratoire qui explorerait les possibilités d’expression au travers la peinture de chevalet.

L’atelier artistique « Apple Group » entre deux cours…

« Il faut bien s’imaginer que dans les années 80, la prise en charge des personnes handicapées était complètement différente d’aujourd’hui ! Ce sont principalement des parents d’enfants atteints qui se rassemblaient à l’époque, en vue de trouver des manières d’encadrer et d’accompagner leurs gamins, car il n’existait pas de structures. Lorsque j’ai rejoint la Pommeraie, j’ai imaginé des propositions afin de permettre à ces personnes de s’exprimer, et l’idée m’est venue de développer un atelier artistique ». Bruno Gérard

On l’imagine aisément, de très nombreux individus ont fréquenté l’atelier depuis toutes ces années… et Bruno Gérard a ensuite envisagé de créer une fondation, dans le but de conserver les créations les plus intéressantes produites ici.

Bruno Gérard

« Bien souvent, avec une sensibilité exacerbée, les adultes qui vivent ici ne trouvent pas les mots justes pour exprimer leur ressenti. L’acte de dessiner ne demande aucune compétence particulière et devient souvent un mode d’expression privilégié, c’est la liberté totale, les codes n’existent pas. Nous nous sommes lancés il y 40 ans ! La nécessité de se pencher sur la conservation d’une partie des œuvres produites s’est imposée ensuite à nous, la volonté aussi de faire rayonner tout ce patrimoine artistique ».

Si l’institution porte le nom de Paul Duhem, c’est en hommage à ce personnage qui a d’une certaine manière déclenché un grand bouleversement et est à l’origine de cette formidable épopée.

Un homme né en 1919, enfant non désiré, élevé par sa grand-mère et ayant à peine fréquenté l’école, qui durant la seconde guerre mondiale se retrouvera en Allemagne comme travailleur. Après une vie faite de rejets, d’incarcérations et de vexation, il trouvera enfin la paix à l’âge de 60 ans, lorsqu’il sera admis à la Pommeraie. Une dizaine d’années plus tard, lorsque pour la première fois il se mettra à dessiner en fréquentant l’atelier de Bruno, il révélera toute la puissance de sa créativité et sera alors reconnu, en tant qu’artiste et non plus marginalisé parce que porteur d’un handicap. Après lui, d’autres peintres découvriront leur talent aux mêmes chevalets.

Expo en préparation à la fondation

C’est en 2016 qu’a été créée la Fondation Paul Duhem, dans le but de pérenniser, protéger, promouvoir et étudier les œuvres singulières qui lui sont confiées. Sa vision s’inscrit dans la lignée de la défense de l’Art brut telle que prônée par Jean Dubuffet. Ce dernier a dès 1945, lors d’un voyage entrepris à Lausanne, noué des contacts avec des artistes, des psychiatres et des écrivains. Il a commencé à établir une collection d’œuvres qui condense des formes d’expressions hors normes, s’intéressant à l’art non académique, « l’art n’aimant pas être obligé », selon lui. Sa collection ne cessa de s’étoffer, il la céda à la Ville de Lausanne qui l’ouvrit au public dès 1976, en créant la Collection d’art brut de Lausanne.

Une partie des collections

Aujourd’hui, la Fondation Paul Duhem conserve une collection riche de plus de 5000 pièces (sculptures, mosaïques, textiles mais principalement des peintures) produites par une quarantaine d’artistes.

Un comité artistique décide quelles sont les pièces qui doivent rejoindre la collection permanente. Parmi les membres de ce comité il y a des personnalités de l’art contemporain et notamment Carine Fol (Centrale électrique Bruxelles), Pascal Goffaux (journaliste et critique d’art) ou Baptiste Brun.

Initialement constituée au départ des travaux de l’atelier de Bruno Gerard, la Fondation Paul Duhem vise, dans un second temps, à être le réceptacle d’œuvres d’artistes belges ou étrangers, isolés ou issus d’autres ateliers spécialisés. Certaines œuvres de sa collection ont bénéficié du plan de numérisation de la Fédération Wallonie Bruxelles et figurent dans l’inventaire sur le portail numeriques.be.

(c) Jean Yves Chabot

Des pièces rejoignent aussi les collections de grandes institutions comme le Trinkhall (Liège) et la Collection d’Art brut de Lausanne, le LAM à Villeneuve d’Ascq ou le Musée du Docteur Guislain à Gent.

Après un tel chemin, Bruno Gérard aime se remémorer tout ce qui a été accompli.

« Xavier Canonne, lorsqu’il était Responsable de la Collection d’œuvres de la Province de Hainaut, est l’une des premières personnes à nous avoir proposé d’exposer les artistes de l’atelier de manière professionnelle, sans les distinguer sur base de leur handicap ».

(c) Michel Dave

L’un des axes de travail de l’association est l’édition de livres d’art dans le but de faire connaître les artistes de sa collection. Elle produit des films et des biographies, pour apporter un regard différent sur l’art. Martha Grunenwaldt est l’une des artistes relevant de la fondation et plusieurs de ses œuvres figurent au sein de la collection de la Province de Hainaut. En ce moment un film qui lui est consacré est en cours de production qui sera dévoilé tout prochainement. Dans ce court-métrage, conçu comme une enquête policière, on retournera sur les traces des enfants, qui sont maintenant âgés de 70 ans, dont Martha s’est occupée lorsqu’elle était jeune.

(c) Martha Grunenwaldt

La fondation veille aussi à promouvoir l’art auprès des enfants en développant du matériel pédagogique, son but est de décloisonner l’Art brut. En décembre 2021, elle a édité un jeu des 7 familles, mettant à l’honneur les œuvres de plusieurs artistes représentés au sein de sa collection. Un livre est destiné aux enfants existe aussi, il est composé comme un carnet à dessins.

(c) Georges Duesberg

Elle fonctionne grâce au travail de 3 personnes ( Bruno Gérard, Marie-Charlotte Leriche et Jacques Clicheroux) qui sont entourées et soutenues par des donateurs et des bénévoles.

(c) Jacques Trovic

Si les racines de l’atelier de Bruno Gerard sont la peinture de chevalet, cela ne signifie pas que cela doit le rester, au contraire, le maître espère vivement qu’avec son départ prochain à la retraite, les techniques pourront évoluer vers d’autres formes actuelles telles que la vidéo par exemple.

Parmi son programme dense, la fondation réalise des expositions en Belgique et à l’étranger.

Le Trinkhall vient d’ailleurs d’inaugurer deux expositions « Peindre – Paul Duhem » et « D’entrée de jeu…Heyligen » qui se tiendront à Liège jusqu’au 5 mars prochain.

N’hésitez-pas à soutenir toutes les actions de ces personnes qui œuvrent en vue d’un monde plus inclusif, en lui offrant votre aide, en visitant ses salles, en vous procurant ses éditions. Restez également informés de leurs activités, en les suivants sur les réseaux sociaux.

Infos – Fondation Paul Duhem

Rue Vandervelde, 81
7972 Quevaucamps (Belgique)
Tél. +32 (0) 475 55 38 44
contact@fondationpaulduhem.eu
BE0655.821.948

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