Toutes les couleurs du Pays Noir

01/06/2021

Vous avez peut-être déjà été interpelé par l’immense « CHARLEROI » qui éclaire les murs sombres des usines Carsid à Marchienne-au-Pont, le long de la route de Mons près des anciennes forges de la Providence aujourd’hui animées par le Rockerill. Derrière ce signal, cette porte d’entrée tracée à coup d’aérosol, se trouve le collectif INDIGEN. Nous sommes allés à la rencontre de la cheville ouvrière de cette réalisation aux dimensions pharaoniques : Sebastiano Bongiovanni.

Si Sebastiano n’est pas né à Charleroi, il en est devenu un fidèle ambassadeur, un « indigène » qui en maîtrise tous les codes culturels et a développé depuis quelques années un arsenal d’activités en lien avec le Street Art. Son association vise à promouvoir le territoire où il s’est installé et a fondé sa famille: Charleroi.

Inventif, créatif, et enthousiaste sont les premiers mots qui viennent à l’esprit lorsqu’on entame une discussion avec ce passionné d’art urbain : « l’asbl que je suis en train de structurer avec l’aide de quelques artistes est partie de mon grand intérêt pour le graphe. Depuis l’adolescence, j’évolue dans ce milieu et j’y connais pas mal de monde, certains y arrivent après un passage dans une école d’art, d’autres sont autodidactes, les prérequis ne sont pas nécessaires, tout le monde peut apprendre à maîtriser les différentes techniques, dans la rue, c’est vraiment très ouvert ».

 

 

Ce qui caractérise INDIGEN, c’est une volonté de partage puisque l’association aborde le Street Art d’une manière très complète, et vise réellement à sensibiliser à toutes les formes d’expression artistiques qui émanent de la rue. « On gravite de différentes manières autour du Steet Art, pour toucher le public le plus large, on propose des découvertes via des parcours touristiques, des initiations au travers des ateliers qui peuvent se dérouler en famille, entre collègues lors de team building » précise Sebastiano. « Evidemment, on met aussi en place des actions qui visent à soutenir les street-artistes, via des événements, des rencontres, on sert de relais, on conseille aussi. Pour le volet event on a la chance de pouvoir compter sur des partenaires comme l’Eden ou le Rockerill par exemple, à force on s’intègre dans le tissu culturel et on commence à être reconnus ».

 

L’un des axes les plus inattendus d’INDIGEN est l’axe pédagogique, puisque l’association a développé dernièrement un projet pilote avec l’aide d’enseignants de promotion sociale « Nous avons établi une unité d’enseignement qui pourrait être développée à l’avenir à l’école industrielle de Jumet, grâce au soutien de la Ville de Charleroi. L’idée serait de pouvoir enseigner le graphe, et j’ai collaboré à la mise en place du dossier pédagogique à ce sujet, étant désigné « Expert Street Art ». Il y a un grand nombre de techniques à acquérir pour le graphe, par exemple les « caps » sont un domaine à bien maîtriser, suivant les formes des embouts des aérosols, on peut avoir des résultats complètement différents. Il y a aussi toute l’histoire du développement des arts urbains à découvrir pour comprendre dans quel monde on évolue ».

 

 

 

Si aujourd’hui les artistes sont parfois très célèbres et exposent dans des galeries, les arts urbains ont fait un long chemin depuis leur naissance dans les années 1970 à New York … l’art qui s’était alors dématérialisé et avait quitté les musées avec les aérosols y retourne aujourd’hui : c’est comme si la boucle était bouclée. « Moi ce qui me fait plaisir, c’est de voir que grâce aux walls of fame (murs d’expression libre) par exemple, on reconquiert des zones de non-droit, des lieux qui étaient infréquentables et glauques. On s’y rencontre les weekends, on remet de la couleur dans toute cette grisaille, on crée des espaces qui donnent de l’attractivité » affirme Sebastiano. Mais tout ceci a un certain coût, et la réalisation d’un mur peut vite grimper à 300, 400 € quand on connaît le prix d’un aérosol… c’est pourquoi INDIGEN est à la recherche de partenaires et jamais à court d’idées pour développer les projets.

 

 » On a la chance d’avoir pu suivre les empreintes du festival Asphalte initié par le BPS22, c’est une biennale qui a eu beaucoup de retentissement, en accueillant des grands noms et en proposant des interventions monumentales », souligne Sebastiano, « de notre côté, dans leur sillage, on est vraiment fiers d’avoir pu mener à bien le projet Art Side en 2018. Il s’agit de la fresque de 3000 mètres carrés, un lettrage C.H.A.R.L.E.R.O.I réalisé par 9 artistes de renommée internationale ».

Chacun a créé un univers au départ d’une des lettres. Le C a été confié à Demos Then Orama (Namur), le H à Hello Marte (Milan), le A à Meskito (Bruxelles), le R à Elnino.76 (Charleroi), le L à Reset Aighty one (Bruxelles), le E à Eyes B (Bruxelles), le R à Djamel Oulkadi (Bruxelles) le O à Solo Cink (Bruxelles) et le I à Stix 7one (Charleroi). L’ensemble forme un immense mot, une trace dans le paysage visible sur un mur des entreprises Carsid. Le projet a pu voir le jour grâce au soutien de la Ville, du Festival Asphalte (créé par le BPS22), de Carsid, et c’est un très gros projet dont le budget s’élève à 25.000€. « On ne désespère pas de pouvoir un jour concrétiser le fond noir initialement prévu pour la fresque, cela rendrait la lisibilité plus grande et mettrait réellement en valeur les interventions » ajoute Sebastiano.

 

 

 

Un autre projet est en train de prendre forme et Sebastiano est plutôt positif à ce sujet « En ce moment, on développe des découvertes à vélo des différentes interventions monumentales en ville, en association avec Wallonie Travel. N’ayant pas les moyens de financer l’acquisition d’une flotte de vélos, nous nous sommes aussi associés à un vélociste. Dernièrement, j’ai entièrement redécoré une série de cadres de vélos qui vont être remontés et seront proposés à la location pour les promenades Street Art, ils sont customisés dans cet esprit évidemment ».

Dès le 19 juin, le BPS22 inaugurera une exposition consacrée au street artiste El Nino 76, qui est lui aussi intervenu sur le lettrage CHARLEROI. Originaire du Pays Noir, El Nino 76 dessine depuis son enfance et découvre le graffiti via la culture skate. Il a suivi des études artistiques mais sa véritable formation lui vient de la rue, des terrains vagues et de l’expérience du travail. Dans les années 90, il est très actif dans le milieu du graffiti belge où il forge sa technique, son univers, mais toujours dans des dynamiques de groupes, indispensables à sa pratique. Il réalise également d’importantes fresques et sculptures dans le domaine de l’évènementiel.

Cette première exposition consacrée au graffeur sera construite autour de Jolly Roger, le célèbre pavillon noir des pirates. L’artiste apparente en effet sa démarche à la piraterie, à la fois dans une volonté de liberté, de voyage, de camaraderie mais également par les règles et les codes liés au graffiti dont découlent des pratiques marginalisées, souvent associées au vandalisme. Une belle occasion de programmer une journée culturelle à Charleroi en combinant musée et terrain, à pied ou en vélo, et pourquoi pas de s’essayer au graphe lors d’un atelier, en compagnie du collectif INDIGEN.

Pour toute info, contactez Sebastiano Bongiovanni via indigenasbl@gmail.com

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